Amis du Jardinier de Dieu

Une promesse, et une menace.

Publié le 10 Juin 2018 par Père dominique Degoul in homélie

La menace, prononcée par Jésus : « Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit saint, il n’aura jamais de pardon, il est coupable d’un péché pour toujours ».
La promesse, écrite par saint Paul : « Dieu, qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus ».
Qu’est ce qui va s’appliquer à nous ? La promesse, ou la menace ? Faut-il avoir confiance dans la promesse, ou peur de la menace ?

Il faut d’abord comprendre pourquoi Jésus dit cela : « Jésus parla ainsi, parce qu’ils avaient dit : il est possédé par un esprit impur ».
Il faut sentir la violence de l’accusation que les scribes et les pharisiens font tomber sur Jésus. Imagine que l’accusation soit vraie, cela veut dire que tout ce que fait Jésus, et qui a l’air bien, est en fait mauvais. Il guérit, il dit des choses qui peuvent toucher, mais en fait, disent ses accusateurs, c’est pour séduire, pour conduire à une doctrine fausse, pour perdre ceux qu’il a l’air de sauver. Tout ce que Jésus prétend savoir sur Dieu, tout le bien qu’il prétend faire, ce n’est que mensonge, Dieu sait pour quelle mauvaise intention.
S’il y a un miracle dans ce passage d’évangile, c’est que Jésus ne manifeste ni peur ni colère face à la violence de l’accusation. Posément, il explique…

Dans son explication, il est beaucoup question de Satan. Occasion de faire un peu connaissance avec ce personnage.
Existe-t-il ? oui, comme chacun de nous, il a reçu de Dieu la grâce d’exister. Mais quelle existence ! Un refus absolu de tout ce qui vient de Dieu. Un refus absolu de l’existence même… nous pouvons nous le représenter comme une pure pulsion destructrice, quelqu’un qui ne veut rien d’autre que détruire, qui ne fait rien d’autre que s’effondrer sur lui-même et entrainer ce qu’il peut dans son effondrement.

Comment agit-il ? En venant dans notre esprit, pour nous faire perdre le nord. Satan, c’est l’accusateur de ses frères, le menteur depuis l’origine.

Il agit contre la foi, de manière peut-être plus subtile que ce que nous imaginons. Son piège le plus parfait : que nous ayons peur de Dieu. « J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai pris peur », dit Adam après avoir mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
Satan essaie de te faire croire que Dieu est un tyran, un pervers… « L’important, c’est de faire la volonté de Dieu », dira-t-il. Alors si l’important c’est de faire la volonté de Dieu, ce que toi tu désires n’a aucune importance, tu dois l’oublier, tu dois te sacrifier pour ton Dieu. Ton Dieu exige de toi que tu te sacrifies pour lui, il ne t’a pas vraiment donné une vie, il ne te l’a donnée que pour, ensuite, ou bien tu consentes à la sacrifier au bon plaisir arbitraire de Dieu, ou bien tu sois puni pour n’avoir pas obéi.
« L’important c’est de faire la volonté de Dieu », dit-il aussi. Et
il ajoute « mais regarde toi ! Tu n’y arrives pas. Et d’ailleurs, je te le dis tout de suite, tu n’y arriveras jamais… Et donc, ou bien c’est ta faute, tu n’es qu’un minable, indigne de te tourner vers Dieu… » ou bien « c’est la faute de Dieu, qui exige de toi l’impossible… »
Ce que veut le diable, c’est que nous perdions notre confiance en Dieu. C’est que tu te coupes de lui.
Car le pire n’est peut-être pas de perdre la foi : c’est de prendre pour Dieu l’idole impitoyable et impossible à satisfaire que le diable présente à notre esprit, et ainsi, de devenir incapable d’une confiance filiale, tranquille, envers le Père qui les a créés.
Non, dit le Seigneur : « moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». La volonté de Dieu, c’est d’abord que tu sois vivant ; et que si tu donnes ta vie, ce soit pour ta joie, pas dans un sacrifice de toi-même. Dieu, qui est pure joie d’exister, ne peut pas vouloir ton malheur.

Le diable agit aussi contre l’espérance.
« Il y a eu des malheurs hier ? Ce sera pareil demain », dit le diable. Tes échecs passés te condamnent. Ta vie ne peut aller que vers l’échec, vers le néant. Regarde autour de toi, tous ces échecs, le chômage, les divorces, même dans ta famille… Depuis 1973, on dit que le monde est en crise. Regarde tout cela, et conclus : ou bien c’est foutu pour toi… ou bien, pour t’en tirer, comme il n’y aura pas de place pour tout le monde, il faut que tu passes devant les autres.
Non, dit le Seigneur : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». L’Esprit du Seigneur vient tout renouveler ; il n’y a pas de péché qui ne puisse être pardonné, il n’y a pas de malheur qui ne puisse être consolé, il n’y a pas de lion dont on ne puisse pas espérer qu’un jour, il puisse tenir compagnie à un agneau.

Le diable agit enfin contre l’amour : en semant la zizanie, la médisance… « la femme que tu m’as donné, c’est elle qui m’a donné le fruit… » une des meilleures ruses du diable, c’est de faire croire qu’il s’est incarné dans ton adversaire. C’est souvent très vrai quand on parle de politique ou de liturgie : les idées qui sont les miennes, j’y tiens. J’en suis certain, j’y mets toute ma conviction, et elles sont ma manière de vivre la foi. Alors les idées d’en face sont incompatibles avec la foi, elles ne peuvent venir que du diable. Le diable, c’est le camp d’en face. Et si le camp d’en face c’est le diable, tout est permis pour me débarrasser de lui… que de violences commises au nom de la conviction, parfois juste, que l’on est dans la vérité et que l’adversaire est dans l’erreur. Et on peut parler ici aussi bien de conflits familiaux que de conflits politiques internationaux…
Souvenons-nous ici que « ne pas juger » est un commandement absolu que nous donne Jésus. Aucun d’entre nous n’est seulement ivraie, mais aucun n’est seulement bon grain. Les défauts des autres peuvent parfois me mettre en colère… mais je me souviens, bien vite, de mes propres défauts.

Ce personnage qui ne cesse de déverser des mensonges pour nous détruire, comment le tenir à distance ?
D’abord, comme nous dit le pape François, savoir qu’il existe. Et ça, c’est presque une bonne nouvelle. Evidemment, ça serait plus simple s’il n’était pas là pour nous embêter. Mais la bonne nouvelle, c’est que savoir qu’il existe permet de savoir que les pensées mauvaises en moi, les tentations, tout cela ne vient pas que de moi. Je ne suis pas la source du mal qui essaie de s’infiltrer en moi.
Ensuite, se souvenir qu’il n’est, comme moi, qu’une créature, et que, avec l’aide de Dieu, je peux tout simplement lui dire non quand je repère que la pensée qui me tient vient de lui. Lui dire non sèchement, comme à un chien : toi, tu dégages.

C’est là le repère, ce que le pape, dans la tradition jésuite, appelle le « discernement » : dans les pensées qui me viennent, quelles sont celles qui viennent de Dieu, quelles sont celles qui viennent du mauvais esprit ?
C’est facile à reconnaître : celles qui viennent de Dieu donnent courage et force, elles rapprochent de Dieu, elles augmentent en moi la foi, l’espérance, la charité ; celles qui viennent du mauvais esprit produisent le contraire : découragement, méfiance envers Dieu, violence ou manque d’amour envers mon prochain.

Peut-être que maintenant, nous pouvons comprendre ce que Jésus voulait dire à propos du péché impardonnable contre l’Esprit saint.
On peut se tromper sur quelqu’un : cela est pardonnable. Même les blasphèmes, les mauvaises paroles contre Jésus, sont pardonnables. Que l’on n’ait pas reconnu en lui le messie, c’est pardonnable.

Mais pécher contre l’Esprit saint, c’est vouloir voir du mal là où il y a du bien. Quand Jésus guérit, quand une personne qui était aveugle se met à voir, quand une personne qui était prise par la folie est remise dans son bon sens, même si on n’aime pas la personne de Jésus, c’est quand même une chose bonne. Quand quelqu’un que je n’aime pas fait quelque chose de réellement bon, c’est réellement bon, même si c’est quelqu’un qui n’est pas dans mon camp.
Mais si je décide que tout ce qui vient d’un autre est mauvais, si je décide qu’il est le diable et que rien de bon ne peut venir de lui, alors il ne peut rien pour moi : ses bonnes paroles seront pour moi hypocrisie, ses critiques seront forcément injustes, ses cadeaux seront forcément empoisonnés, ses raisonnements seront forcément tordus.
Les ennemis de Jésus sont tellement aveuglés par leur hostilité qu’ils ne peuvent pas voir que le bien que fait Jésus est bon… et cela, il faut qu’ils se convertissent, au moins un peu, pour pouvoir un jour désirer le pardon, et l’accueillir.
Alors, menace, ou promesse ?
Si tu sens en toi la tempête gronder, ou si tu sens que tu as donné prise à l’ennemi, que tu as manqué de confiance en Dieu, d’espérance, d’amour, tourne toi vers Dieu, avec les paroles du psaume : « des profondeurs je crie vers toi, Seigneur ». Avec le psaume, espère le Seigneur de toute ton âme, car près de lui est l’amour ; il ne veut rien d’autre que réaliser sa promesse de te ressusciter avec Jésus ; et cela commence dès aujourd’hui ; ce pauvre diable ne pourra pas l’empêcher. Amen.

Père Dominique Degoul, homélie du 10 ème dimanche ordinaire B, paroisse étudiante de Toulouse.

 

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