Amis du Jardinier de Dieu

Moi, je suis le pain de la vie

Publié le 12 Août 2018 par Père Dominique Degoul in homélie

Qu’est ce qui nous donne vraiment la vie ? C’est d’être aimés.
Bien sûr, nous avons des besoins, et si certaines choses nous manquent, nous mourrons. Le pain, la nourriture, en fait partie.

Mais nous sommes aussi des êtres de désir, de relation : Ce qui nous fait vivre, ce qui fait que nous ne nous contentons pas « d’exister sans vivre », comme disait Victor Hugo, c’est l’amour, sous toutes ses modalités. Et si nous en manquons trop, nous pouvons nous étioler, et parfois même en mourir.
Dans les orphelinats, il y a eu un moment où on se contentait de nourrir les bébés. Beaucoup se laissaient mourir ; on a demandé aux puéricultrices de les toucher, de les bercer, de leur parler : le taux de décès a beaucoup baissé.
Nous connaissons aussi l’histoire de Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron : un enfant abandonné, élevé par les loups, retrouvé à 8-10 ans, et qui n’a jamais pu apprendre à parler.

Il y a des relations qui nous nourrissent ; et ce n’est sans doute pas par hasard qu’on dit de quelqu’un : « il est bon comme du bon pain » ; il y a des relations qui nous font exister. Dans un film, un homme légèrement autiste, et supérieurement intelligent, dit à la femme dont il est tombé amoureux : « quand tu es là, je suis là, quand tu n’es pas là, je ne suis pas là ».

La nourriture physique nous est nécessaire ; mais le véritable pain de notre vie, c’est la relation : qui est pour moi un point d’appui ? Qui pourra recevoir mon désir d’aimer ?
L’homme ne vit pas seulement de pain, il vit de toute parole aimante qui sort de la bouche d’un autre humain.

Et Dieu, dans tout cela ?
Dieu sait que nous avons besoin de nourriture, et surtout, de relation.
Dans la première lecture, Elie est épuisé. Il fuit l’hostilité de la reine, il désire la mort. Dieu, par l’intermédiaire de l’ange, lui donne à manger ; mais il lui donne aussi des paroles de réconfort « lève-toi, et mange : il est long le chemin qui te reste ».

Alors, si le pain dont nous avons le plus besoin, c’est de la relation aimante, nous pouvons un peu mieux comprendre ce que dit Jésus quand il dit « moi je suis le pain de la vie ».
Quelque chose peut nous gêner dans ce que dit Jésus : la première, c’est qu’une phrase comme celle-là semble dénoter une immense prétention. « Moi, je suis le pain de la vie ».
Mais pour qui se prend-il, celui-là ? C’est ce que disent ceux qui le connaissent : « on sait qui sont son père et sa mère : comment peut-il dire : je suis descendu du ciel ». Comment un homme qui nous est semblable, deux pieds, deux mains, un nez, une bouche, peut-il prétendre que lui, il descend du ciel. Quant à nous, qui sommes croyants, nous pouvons bien admettre que Jésus descende du ciel, mais nous pouvons être un peu surpris qu’il n’ait pas un peu plus d’humilité apparente.

A moins que…

A moins que, si Jésus dit « moi, je suis le pain de la vie », ce n’est pas pour se mettre en valeur, c’est, tout simplement, parce qu’il le constate. Faites appel à votre mémoire de l’Evangile :
Jésus nourrit les affamés ; Jésus touche le lépreux, que nul ne pouvait toucher sans être considéré comme impur ; Jésus sauve la femme adultère des conséquences tragiques de son péché ; Jésus fait même de la foi d’une femme notoirement pécheresse, ou de celle d’un centurion, l’objet de l’admiration de tous.
Ce que Jésus fait, c’est l’œuvre même de Dieu : redonner vie à l’homme. Dans un autre passage, il dit « moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». (Jn 10,10, facile à retenir). Jésus, pour ceux qu’il rencontre, est source d’une vie inimaginable, dont rendent compte le dialogue avec Nicodème, celui avec la samaritaine…

Alors, les hommes sont témoins de ce qui vient de Jésus, mais cela ne suffit pas encore pour croire en lui. « Comment peut-il dire je suis descendu du ciel », demandent les juifs qui sont témoins des paroles de Jésus ? Jésus est conscient de la difficulté : on le voit agir, on l’a vu nourrir toute une foule (c’est comme ça que cet échange sur le pain de vie a commencé), mais, même en voyant cela, comment croire en lui ?
Souvenez-vous de Jean-Baptiste, qui faisait demander à Jésus « es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». Jean Baptiste doutait, et Jésus répondit « allez dire à Jean ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». En disant cela, Jésus cite l’Ecriture : ce que vous voyez, ce qui est sous vos yeux, c’est l’accomplissement de l’Ecriture. Vous pouvez croire ! Ce que je fais vient bien de Dieu. Ce que je donne, c’est la vie de Dieu. Moi, je suis le pain de la vie.

Mais nous qui sommes ici, nous savons bien que nous ne sommes pas à l’origine de notre propre foi. « Nul ne vient à moi si mon père ne l’attire », dit Jésus. Personne ne peut croire en Jésus si Dieu lui-même n’opère pas en lui pour qu’il puisse croire. Nous qui sommes ici et qui croyons, rendons grâce de cette foi qui nous est donnée, et dont nous savons bien qu’il ne nous appartient pas de la transmettre : nous pouvons transmettre une bonne nouvelle, évangéliser ; mais ce qui fait que notre auditeur recevra cette nouvelle que nous lui donnons à propos de Jésus comme bonne, c’est le travail du Père.

Mais nous qui avons reçu cette bonne Nouvelle, une promesse nous est faite : « celui qui mange de ce pain ne mourra pas…il vivra éternellement ».
Nous savons bien que nous allons mourir. A chaque messe, nous prions pour les défunts… Mais la fin du texte d’aujourd’hui opère un déplacement : « le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour la vie du monde ».
Au moment où Jésus prononce le discours du pain de vie, il n’a pas encore traversé la mort : mais, à son dernier repas, il révélera que son corps livré à ceux qui veulent sa mort, son sang versé par ceux qui l’ont cloué sur la croix, n’est pas un tragique échec, mais un mouvement d’amour qui va jusque au bout : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusque au bout.. ». C’est le début du lavement des pieds, au moment du dernier repas.
Ce qui nourrit notre vie, c’est d’être aimé ; Jésus, qui nous a aimé jusque au bout, est vraiment le pain de vie ; une vie qui, dans sa résurrection, s’est révélée plus forte que toute mort. Parce qu’il a signifié ce don de vie plus fort que la mort dans son dernier repas, et parce qu’il nous a donné le commandement de « faire cela en mémoire de lui », nous allons maintenant recevoir, dans cette eucharistie, le pain qui est promesse de vie éternelle. « Que le corps du Christ nous garde dans la vie éternelle » ; et qu’il nous fasse réaliser combien le Christ nous aime aujourd’hui. Amen.

Père Dominique Degoul
1 R 19, 4-8, Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7, 8-9, Ep 4, 30 – 5, 2, Jn 6, 41-51.
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