Amis du Jardinier de Dieu

Veux-tu suivre le Christ ?

Publié le 26 Août 2018 par Père Dominique Degoul in homélie

« Voulez vous oui ou non suivre le Christ ? de toute façon, vous ne pouvez pas ».
Qu’est ce que c’est que cette histoire ? Jésus nous demande : « veux tu, oui ou non », mais il ajoute que notre chair, c’est-à-dire notre humanité, en sera incapable. « personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père »
Si je ne peux pas, ce n’est pas la peine de me poser la question. Si suivre le Christ est hors de ma portée sauf si Dieu le Père fait tout, et bien il n’y a qu’à laisser faire Dieu le Père…
Et puis, si je ne peux rien, même si je suis de bonne volonté, est-ce que je peux encore honnêtement dire que je veux, que je veux vraiment ?

Et bien je te le dis tout de suite, à mon avis, la réponse est non.
Et plus tu avanceras dans la vie spirituelle, plus tu t’en rendras compte. Saint Vincent de Paul, à la fin de sa vie qu’il avait entièrement consacrée au service des pauvres et de Dieu, disait « qu’est-ce que j’ai perdu comme temps… » ; sainte Thérèse d’Avila, en comparaison des grâces que le Seigneur lui avait données, s’effrayait de l’ampleur de son péché.

Pourquoi ? Thérèse d’Avila et Vincent de Paul avaient conscience de tout ce que le Seigneur avait fait pour eux ; et de ce que leur réponse était bien pauvre.

Aux JMJ de Madrid, il y a 7 ans, un prêtre qui voulait chauffer son assemblée dans une veillée de louange demanda « est-ce que tu as donné ta vie dans ton cœur à Jésus ? »
Réponse de la foule, déjà presque en transes : « oui »…
« est ce que vraiment tu as donné ta vie dans ton cœur à Jésus ». Réponse oui de nouveau.
Et en moi-même, qui étais déjà religieux depuis 6 ans, je me disais « est ce que j’ai donné ma vie dans mon cœur à Jésus ? honnêtement, je ne saurais dire ».
Nous savons bien que nous ne nous donnons jamais entièrement. Que nous en gardons pour nous. Et c’est pour cela que je me méfie quand j’entends des gens dire qu’il faut « être à fond » dans sa foi.
Notre chair, c’est-à-dire notre humanité avec toutes ses contradictions, n’est pas capable de grand-chose. Je voudrais prier beaucoup, mais je suis tout le temps sur mon téléphone… Je voudrais travailler à fond, mais la paresse me paralyse…

Dire qu’on doit « être à fond » dans sa foi, c’est sans doute se donner un objectif irréaliste. On peut ressentir des moments de plénitude, ils sont heureux, ils sont bienvenus, ils servent de repère dans les moments plus difficiles ; mais on ne peut pas être « à fond » tout le temps. « Est-ce que vraiment tu as donné ta vie dans ton cœur à Jésus ? » Je ne peux pas prétendre que oui, je vois trop tout ce qui m’éloigne : mon péché, mon désordre intérieur, tout ce qui me disperse…

Mais… mais… si on me demande « veux-tu suivre le Christ », si je continue à essayer de répondre honnêtement à cette question, je ne peux pas non plus répondre « non ». Car je sens bien que s’il n’y avait plus le Christ dans ma vie, quelque chose de fondamental s’effondrerait. Il est vital qu’il soit là : « à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ». Et on peut entendre : ce péché, ce désordre intérieur, cette dispersion, cette désorientation, qui m’en libérera, sinon Jésus, précisément ?

Alors, entre le « oui » plein et entier qui serait de la prétention, et le non définitif qui signifierait que je suis abandonné, il y a cette réponse bien modeste, bien insatisfaisante : « est-ce que tu as donné ta vie dans ton cœur à Jésus ? un peu. »

Un peu… c’est tout ? oui, un peu.

« La foi, si vous en avez gros comme une graine de moutarde… » Ce n’est pas gros, une graine de moutarde.

Ce qui nous est nécessaire, ce n’est pas une foi qui nous met toujours à fond dans le sentiment de la présence de Dieu, une foi qui nous mettrait dans une euphorie que je devrais culpabiliser de ne pas ressentir en permanence, une foi qui me procurerait un enthousiasme perpétuellement communicatif… Désirer tout cela n’est pas réaliste, ce serait désirer, par notre foi, sortir de notre pauvre chair limitée, aller vers Jésus avec seulement ce qui est beau et propre et présentable, avec seulement une apparence de nous même, alors que précisément Jésus est venu habiter notre pauvre chair limitée. Ce serait déserter le lieu où Jésus vient.

Ce qui nous est nécessaire, c’est de pouvoir répondre, comme le père de l’enfant épileptique : « Je crois, viens au secours de mon manque de foi ». Et bien, cette foi-là, petite, pas fière d’elle-même, est sans doute beaucoup plus vraie.

Pourquoi ? Parce qu’elle est réellement la foi en Dieu. Une foi qui sait qu’elle a besoin de Dieu lui-même pour être ce qu’elle est.

Une foi qui ne se dit pas à elle-même qu’elle doit être joyeuse, et sinon au moins paraitre joyeuse ; mais une foi qui est dans l’attente, dans l’espérance d’une rencontre avec Dieu ; et lorsque la rencontre se produit, la joie est là, vraie, indépendante de mon propre vouloir parce qu’elle vient d’un autre, purifiante, apaisante : elle ne dure pas longtemps, mais elle laisse dans la mémoire un souvenir tel qu’on s’en souvient.

Je ne peux pas me fabriquer ma foi dans mon coin, une belle foi bien parfaite, vraiment à fond, qu’ensuite j’irais offrir à Jésus. Je dois juste aller vers lui, avec ma foi qui n’est pas grand-chose de plus que la reconnaissance de mon manque de foi, et qui en même temps une confiance que je mets en lui que lui pourra faire grandir ma foi, et un désir plus grand de le rencontrer.

Veux-tu suivre le Christ ? C’est bien à toi de répondre à cette question, parce que Dieu t’a donné d’être capable de vouloir un peu.

En fait, il ne faut pas trop séparer ce qui vient de toi et ce qui vient de lui : car tout ce qui en toi est force, désir, courage, a été créé par Lui, mais passe par toi. Et donc, tout ce qui en toi est fidélité, courage, vient de Dieu : « Nul ne peut venir à moi si mon Père de l’attire », dit Jésus : si tu es ici aujourd’hui, c’est parce que le Père t’a attiré à Jésus ; tout vient de Dieu mais Dieu te donne d’y contribuer.

Et ce qui va dans le sens contraire, infidélités, découragements, dispersions, doutes : cela ne vient pas de Dieu, c’est parfois des tentations, mais c’est encore une occasion de faire grandir ta foi, si, comme le père de l’épileptique, tu te tournes à ce moment-là vers Dieu pour que ta foi grandisse. « Seigneur, viens au secours de mon manque de foi ». Car si à ce moment il vient à ton secours, il y a là pour toi un signe de sa présence, un signe que ton espérance ne te trompe pas.

Alors, si la question t’es posée, « veux tu suivre le Christ », n’aie pas peur de ce qui parait t’en empêcher, ne le cache pas sous un tapis. N’imagine pas que tu doives te séparer de tout ce qui t’en empêche. N’imagine pas que tu en sois capable, ou que la foi te permettra d’y échapper… mais fais confiance au désir qui te porte vers lui, et avance à sa suite, sans crainte.

C’est le Christ qui te relèvera si tu tombes

C’est lui qui fera grandir ta foi ;

C’est lui qui te dira les paroles de la vie éternelle,

Alors n'aie pas peur de t'engager à sa suite : ça tiendra, parce que lui te tiendra.

Amen.

Josué 24,1-2a.15-17.18b., Psaume 34(33),2-3.16-17.20-21.22-23., Éphésiens 5,21-32., Jean 6,60-69.
Père Dominique Degoul, Homélie pour le 21 ème dimanche ordinaire B - Eglise saint Pierre des Chartreux - Paroisse étudiante de Toulouse.
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