Amis du Jardinier de Dieu

Réveille toi ô toi qui dors, relève toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera

Publié le 26 Février 2018 par Père Dominique Degoul in homélie

Une blancheur éblouissante qui émane de Jésus, l’apparition de Moïse et d’Elie, une nuée qui parle… et l’ordre final de Jésus : « ne rien dire de cela avant qu’il soit ressuscité des morts ».
On peut pressentir que c’est très beau… on peut aussi se dire, comme les disciples, qu’on n’y comprend pas grand-chose. Et puis, pourquoi nous fait-on entendre ce récit au milieu du carême ? Les tentations au désert, on voit bien… mais ce récit de la transfiguration ?

Alors, je vais procéder comme un guide dans un musée, qui vous fait remarquer des détails sur un tableau, pour que vous puissiez en saisir davantage la richesse de signification : ce n’est pas seulement une belle image.

Quand on commente une œuvre, on commence par se demander dans quelles circonstances elle a été produite. Le contexte, ici, c’est que les disciples sont probablement un peu sonnés : leur intelligence est mise à rude épreuve.
Quelques jours plus tôt, Jésus a demandé à ses disciples : pour vous, qui suis-je ? Pierre avait donné la bonne réponse : « tu es le messie ». Les mots étaient les bons, mais les disciples n’avaient pas compris de quoi il s’agissait : car, juste après, Jésus annonce qu’il sera mis à mort, qu’il ressuscitera, et le même Pierre le réprimande ; et cela lui vaut de la part de Jésus cette réponse sèche : « passe derrière moi, Satan ».

Moi, à la place de Pierre, j’aurais été complètement perdu. Alors, Jésus, quelques jours après, leur donne à voir ce tableau. Il emmène Pierre Jacques et Jean, pour qu’ils soient témoins de ce qui se passera.
Et d’abord apparaît Jésus dans toute la gloire de sa chair. Pour un instant, une lumière intense dévoile ce qui est normalement caché. C'est une révélation ; en grec : une apocalypse. Pierre, regarde : voilà qui est vraiment Jésus, tu ne te trompes pas en disant qu’il est le messie voulu par Dieu.

La lumière, c’est la première des créatures : « Dieu dit, que la lumière soit, et la lumière fut ». Elle accompagne les deux extrémités du parcours de Jésus sur terre ; elle se manifeste aux bergers dans la nuit de Noël, elle vient percer les ténèbres de la mort dans la nuit de Pâques. Elle est le signe de la présence de Dieu, elle est le signe d’une naissance : ne dit-on pas, pour parler de la naissance, « voir le jour » ?
Mais Pierre n’a probablement pas connu le mystère de la naissance de Jésus, il n’a pas encore vu la gloire du ressuscité ; alors, Jésus, un instant, dévoile qu'il est la Lumière née de la Lumière.

Avec Jésus apparaissent Moïse et Elie. Deux des plus grands personnages de l’Ancien Testament, ceux peut être qui ont été les plus proches de Dieu. Pour les pères de l’Eglise, Moïse symbolise la Loi, et Elie les prophètes. A eux deux, ils réunissent toute l’Ecriture. L’un et l’autre avaient annoncé que Dieu enverrait quelqu’un après eux. Ils conversent avec Jésus. Pierre, tu ne t’es pas trompé : Jésus tutoie Moïse, lui qui, lorsqu’il avait rencontré le Seigneur, devait se voiler le visage tellement il rayonnait de lumière ; Jésus tutoie Elie, emporté à la fin de sa vie sur un char de feu.

Pierre voudrait bien rester là, s’installer, continuer à regarder. « Dressons trois tentes ». Il est bien, là, et il voudrait que ça dure. Comme lorsque nous vivons un moment fort, un camp, un rassemblement, nous voudrions bien rester dans l’euphorie qu’il a provoqué en nous… mais nous savons bien que ce n’était pas ça le but… On ne part pas faire les JMJ, un pèlerinage ou une retraite pour y rester toute sa vie… mais pour puiser de la force pour le retour dans la vie ordinaire.

Une nuée vient les couvrir : c’est la même nuée qui couvrait le peuple d’Israël lors de l’Exode, pour le cacher aux yeux des Egyptiens ; une nuée qui, elle aussi, signifie la présence protectrice de Dieu.
Et Pierre en aura besoin : il ne sait déjà plus quoi dire… Oui, Pierre, il vaut mieux te taire que de commander à ton Seigneur de se détourner de son chemin. Et bientôt, de nouveau, tu ne sauras plus quoi dire, lorsque Jésus, à Gethsémani, te reprochera de n’avoir pas pu veiller même une heure avec lui, au moment où il se retrouvera absolument seul au seuil de sa propre mort.
Tu ne sauras plus quoi dire, alors écoute la voix qui vient de la nuée : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez le ». Jésus pourra affronter Gethsémani, lorsque dans sa détresse il appellera Dieu « Abba », papa, parce que la voix de son Père s’est fait connaître à lui, à son baptême, et en ce jour de transfiguration : « tu es mon fils bien aimé ». Appelle moi papa.
Pierre a-t-il mieux compris, après cela ? Pas sûr. Le sens de ce qu’il a vu là ne lui sera révélé qu’après la résurrection.
Mais il a été rendu témoin de l’intimité entre Jésus et son Père, et l’on peut espérer que cette expérience lui a permis, lorsqu’il a croisé le regard de Jésus qu’il venait de renier, de ne pas sombrer dans le désespoir, et de laisser passer des larmes qui étaient une demande de pardon.

Saint Léon le grand, un pape du Vème siècle, écrivait
« Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa passion volontaire ne bouleversent leur foi. »

Pour finir, deux mots sur la manière dont ce tableau de la transfiguration peut éclairer notre propre vie spirituelle.
Première chose : Cela vous est peut-être déjà arrivé : un moment de prière, ou un moment de contemplation de la nature… qui est un moment de grâce. Dans ce moment très fort, vous pressentez que Dieu est présent, mais sa signification ne vous apparaît pas clairement. Patience ! Le sens de cette lumière difficile à comprendre vous sera donné plus tard, le jour où précisément vous aurez besoin d’y faire appel pour affronter un présent plus difficile.

Deuxième chose : si ta foi est mise à mal parce que, comme Pierre, tu as du mal à comprendre, ou bien parce que les événements font que tu doutes, n’hésite pas : demande au Christ de pouvoir, toi aussi, recevoir cette lumière qui t’aidera à tenir dans l’obscurité.

La lumière de la transfiguration nous révèle, en anticipant sur le mystère de Pâques, que Dieu viendra poser sa douce lumière sur toute réalité, et que tout ce qui est aujourd'hui ténèbres deviendra lumineux, lorsque toute chair entendra « Réveille toi ô toi qui dors, relève toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera ». Amen.

Père Dominique Degoul

 

Commenter cet article