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Rwanda : vélos interdits en ville ...

Publié le 25 Décembre 2011 par Amis du Jardinier de Dieu in une histoire par jour chez les amis

rwanda.JPGAucun vélo n’est autorisé à circuler sur les grandes routes goudronnées des villes du Rwanda, empruntée par les piétons, les voitures et les camions qui circulent entre les provinces et les pays voisins. Une mesure qui pénalise tous ceux qui utilisaient ce moyen de transport économique. En cas de non-respect de l'interdiction, les vélos peuvent être confisqués.

 

Calixte, habitant de Muhanga, au sud du Rwanda, est très mécontent : "J’habite à 10 km de la ville de Muhanga. Pour y aller, je dois laisser mon vélo chez mon cousin habitant tout près de la route et prendre un taxi qui me coûte 1 000 Frw (environ 2 $)". En effet, dans les villes des districts rwandais, il est désormais interdit aux vélos de circuler sur les routes goudronnées qui relient les provinces et les pays voisins. Les rapports de la Police nationale publiés chaque année montrent, en effet, que les vélos sont une cause importante des accidents de roulage. "La plupart des conducteurs de vélo se lancent sur les chaussées sans connaître le Code de la route et ils se font écraser ou cognent des voitures. Certains en meurent", rapporte le porte-parole de la Police nationale, Theos Badege.

C'est pourquoi les conseils des districts, qui représentent la population, ont pris la résolution d’interdire le vélo sur les routes importantes. Selon le maire du district de Muhanga, Yvonne Mutakwasuku, c'est pour sécuriser les utilisateurs qui sont surtout les camions, les taxis-bus et minibus ainsi que les piétons. "Nous sommes là pour veiller à la sécurité de tous ; l’interdiction du vélo a réduit considérablement les accidents", constate-t-elle.

Les conducteurs de vélo frustrés

Les conducteurs de vélo, eux, se sentent privés de leurs droits. "J’ai acheté ce vélo pour pouvoir approvisionner ma boutique. Maintenant, je dois payer le taxi pour aller acheter des produits à Huye. C’est comme si la ville appartenait aux riches !", se plaint Camille, de Huye, au sud du Rwanda. Un habitant de Byangabo, au nord du pays, témoigne que, même quand on a un membre de sa famille malade, on ne peut pas le transporter à vélo vers les hôpitaux des districts, souvent construits sur ces routes interdites : "Un jour, ma femme a failli mourir en attendant le taxi qui devait la conduire à l’hôpital alors que j'avais mon vélo garé là sans rien pouvoir en faire !"

Certains citoyens transgressent l'interdiction et utilisent le vélo pour apporter des marchandises au marché ou en acheter. Mais ceux qui se font attraper se retrouvent dans une situation difficile. "Certains policiers nous attrapent et nous frappent ou confisquent nos vélos", raconte un vélocycliste. Selon un habitant de Rugeramigozi, au Sud, les policiers dégonflent les pneus des bicyclettes. Un autre dénonce la corruption qu'engendre cette résolution : "Les agents de défense locale (LDF) nous empêchent de circuler même sur les chemins non goudronnés Pour passer, on doit donner 2 000 Frw (environ 3 $) !" Le porte-parole de la police dément ces accusations.

Selon le maire de Muhanga, le conducteur récidiviste qui se fait prendre plus de deux fois en infraction rentre sans son vélo. Un habitant de la même région confie : "Le district a vendu dernièrement aux enchères toutes ces bicyclettes saisies sans se soucier de leurs propriétaires." Pour lui, c’est du vol, car le district n’a aucun droit sur le patrimoine d’un citoyen : "Pourquoi un véhicule qui a eu un accident n’est-il pas confisqué ou vendu aux enchères ?" Pour le porte-parole de la police, cette décision est à revoir par les autorités concernées, y compris la police, afin de ne pas violer d’autres droits des citoyens.

Les routes non adaptées

Sur ces grandes routes, il n'a pas été prévu de pistes cyclables. Tout le monde circule sur la même chaussée ce qui rend souvent la circulation difficile. "Les routes sont trop étroites pour permettre à tous de les utiliser convenablement", constate un ingénieur du Génie civil. Selon lui, le coût de leur élargissement serait trop élevé pour le pays. Les autorités en donc exclu les vélos. Kanamugire Félix, chauffeur de bus d’une agence de transport en commun, approuve cette mesure : "Les vélos sont souvent surchargés par les produits qu'ils portent au marché et leur passage entre les véhicules est trop risqué pour eux et pour nous qui conduisons." Le maire de Muhanga souligne aussi que ces routes sont souvent empruntées par de gros camions qui relient le Rwanda aux pays voisins et invite donc aussi les piétons à la prudence.

Les conseils des districts ont donc fixé des limites à ne pas dépasser aux conducteurs de vélo. Pourtant, s'étonne Honoré, commerçant exportateur, qui voyage souvent à l'étranger pour ses affaires, le vélo revient en force dans les grandes villes des pays développés pour limiter la pollution, les embouteillages et palier le manque de places de stationnement pour les voitures.

Solange Ayanone (Le tambour de Fraternité, n°Décembre 2011)

 

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