Amis du Jardinier de Dieu

Invente avec ton Dieu l'avenir qu'il te donne, Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau

Publié le 24 Juin 2016 par Père Dominique Degoul in homélie

Intro :
Aujourd’hui, coincidence : remise des diplômes ; coïncidence.
Pourquoi on fête Saint Jean-Baptiste le 24 juin : à 6 mois de Noël (Lc) ; Noël le 25 décembre : fête du soleil invaincu ; Jean-Baptiste « il faut qu’il croisse et que je diminue »
 
Quand fait-on la fête ?
 
On fait la fête quand il y a une naissance, c’est ce que nous dit la liturgie ; on fait la fête le jour où on reçoit un diplôme, c’est pour cela que nous sommes rassemblés aujourd’hui ;
on fait la fête quand tout ce qui s’est passé jusqu’à maintenant permet à l’avenir de s’élargir.
Il y a eu un long temps d’attente : le temps de la gestation avant une naissance, 9 mois ; le temps des études avant un diplôme, 5 ans  ; et puis vient le jour où, après cette longue préparation, beaucoup de choses deviennent possible.
Parfois, la gestation a été un peu difficile…
pour Jean-Baptiste, dont nous fêtons la naissance aujourd’hui, nous savons que ses parents étaient âgés, que sa mère Elisabeth était appelée « la femme stérile », pour sa honte…
pour le diplôme, pour certains d’entre vous, tel ou tel moment des études a plus être plus difficile, et même a pu faire craindre qu’on n’y arrive jamais… mais nous voilà aujourd’hui.
 
Et pour un petit enfant qui nait, on se demande « que sera cet enfant » ; et à toi qui es diplômé aujourd’hui, je demande « quel ingénieur seras-tu ? Quelle femme, quel homme veux-tu être ? »
Tu es au moment où tu sors de l’enfance : fini le moment où tu ne travaillais que pour avoir des bonnes notes pour toi, ou pour faire plaisir à tes parents… c’était un moment de préparation ; vient le moment où ce que tu feras sera vraiment nécessaire à d’autres : selon que tu t’engageras ou pas dans ce que tu feras, cela auras de vraies conséquences.
Fini, bientôt, le moment où tu dépendais de tes parents pour ta nourriture et ton argent. Je ne crois pas me tromper si je dis que se mêle chez certains des parents ici présents la fierté de ce que tu es devenu, et une certaine nostalgie… il faudra inventer d’autres relations avec eux aussi, des relations d’adulte à adulte.
En fait, il faudra tout inventer.
 
Qui veux-tu être ?
 
Bien sûr, il faudra te faire une place. C’est une nécessité. Mais ça ne peut pas être ton seul but. Tu ne peux pas ambitionner seulement de devenir une pièce de la grande machine économique. Comme diraient les mathématiciens, c’est nécessaire, mais ça n’est pas suffisant.
 
Non, tu es appelé à devenir créateur, créateur de ta propre vie, créateur pour les autres. Et sur cette croissance là, Dieu veillera comme il a veillé sur toi jusqu’à aujourd’hui.
Alors vous allez répéter après moi :  
 
Invente avec ton Dieu l’avenir qu’il te donne,
Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau
 
Inventer quoi, inventer comment ?
 
Devenir ingénieur te donne des responsabilités, et donc du pouvoir. Une petite part de pouvoir, toute petite, mais réelle.
Alors, avec cette petite part de pouvoir, invente ta manière de faire grandir la justice :
la justice sociale, la fixation de prix et de revenus justes pour les populations agricoles,
les droits humains, les droits des paysans sans terre,
la limitation des conséquences des spéculations sur les matières premières agricoles,
la protection de l’environnement contre des intérêts exclusivement commerciaux qui oublient les considérations de santé publique
dans son encyclique Laudato Si, le pape nous encourage à prendre de face toutes ces questions sur la sauvegarde de la création, et vous êtes aux avant postes.
… bien sûr, tu ne pourras pas être sur tous ces fronts à la fois … Mais si un jour tu es confronté à une question de ce genre dans ton travail, essaie de faire ce que tu peux pour que ton action soit juste.
Ca n’est jamais simple. Parler pour dire qu’une situation est injuste, c’est faire de ta parole, comme dit le livre d’Isaïe, une épée tranchante. C’est risquer de dire à un moment donné « je me suis fatigué pour rien ». T’engager pour la justice au sein de structures économiques et sociales qui ne sont pas toujours justes, cela demande de la prudence, pour que la parole que tu diras, l’action que tu mèneras, puisse être couronnée de succès.
Mais la justice est une exigence première. On dit souvent que l’Ancien Testament c’est compliqué… les hommes, à un moment, demandent « que devons-nous faire pour te satisfaire ? T’offrir des milliers de sacrifices ? » Et Dieu répond « on t’a fait connaître ce que Dieu attend de toi : pratiquer la justice, et marcher humblement avec ton Dieu ».
 
Le poète disait :
 
Peuple d'un Dieu qui est justice
en prenant soin des plus petits,
ta seule gloire est le service,
l'amour de ceux que l'on oublie.
Le Fils de l'Homme est plein de grâce
Quand il descend chez les pécheurs,
Fais comme lui et prends ta place
Sous la livrée du serviteur.
Invente avec ton Dieu l’avenir qu’il te donne
Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau
 
Mets toi au service de la justice, mais fais-le avec douceur !
Notre société française est malade de crispations multiples ; elle est malade d’une impossibilité de se parler ; elle est malade d’une impossibilité de se pardonner.
Repense à l’actualité des derniers mois, des dernières années. Sur plusieurs grands sujets, notre société s’est clivée, chacun prétendant être le détenteur d’une vérité absolue, avec des arguments sans nuance et des anathèmes définitifs…
Tu as étudié pendant cinq ans comment fonctionne le vivant… tu as vu, longuement, que ce qui est vivant se développe dans des équilibres complexes, toujours fragiles… la biologie n’est pas une science binaire.
Alors, lorsque tu es tenté d’imposer ta vision des choses sans avoir d’abord écouté jusqu’au bout la position d’en face, souviens-toi de la manière de faire de Dieu, et de la douceur de la pédagogie du Christ.
 
Et puis cette douceur, applique-la à toi-même : lorsque tu rencontres l’échec, analyse les raisons, mais ne t’accuse pas toi-même avec une lucidité sans pitié. Car le fondement même de notre foi, c’est que, précisément au cœur de l’échec et des blessures, Dieu vient agir et redonner confiance.

Peuple d'un Dieu qui est tendresse
et qui te dit son amitié,
ne sois pas sourd à la détresse,
reçois de Lui d'avoir pitié.
Rappelle-toi, c'est au calvaire
Qu'il s'est montré le tout-puissant.
Pour triompher de l'adversaire,
Sois Fils de Dieu en pardonnant.
Invente avec ton Dieu l’avenir qu’il te donne
Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau
 
Mets toi au service, mais souviens-toi !
Si tu es ici aujourd’hui, c’est parce que tu es un peu ou beaucoup chrétien, ou au moins tes parents… et souviens toi alors que ta vie, que la vie du monde, est prise dans le plan de Dieu : Dieu n’a pas créé le monde pour qu’il aille à la catastrophe finale.
Jean-Baptiste, dont nous fêtons la naissance, avait préparé la venue du Seigneur Jésus ; nous, encore, nous attendons la venue du Seigneur ; mais nous ne l’attendons pas de manière passive, en regardant le ciel, nous la préparons activement.

Peuple d'un Dieu qui est lumière,
et fait lever le jour nouveau,
tu es lumière pour la terre :
ne reste pas sous le boisseau !
Va témoigner de l'espérance
En recherchant partout la paix :
Deviens le signe de l'Alliance
et du bonheur que Dieu promet.
Invente avec ton Dieu l’avenir qu’il te donne
Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau

Mets-toi au service de la justice, mais regarde : tu n’es pas seul. Dieu est déjà au travail.
Il est déjà au travail en toute personne qui œuvre pour la justice, pour une amélioration des conditions de vie sur terre, pour la préservation de l’environnement
Il est déjà au travail dans tout geste gratuit de bonté ou de solidarité
Il est déjà au travail en toute personne qui, après un malheur, retrouve en elle les sources de l’énergie et de l’espérance.
Alors agis, mais aussi regarde, contemple, et si tu pries, prends le temps de repérer, dans le silence, où Dieu travaille déjà.
 
Peuple d'un Dieu qui fait renaître
et qui t'engendre pour son corps,
tu es vivant de ton baptême :
déjà tu as passé la mort !
Ouvre ton cœur à rendre grâce
Dans l'univers où Dieu t'envoie :
Eglise heureuse de ta Pâque,
Tu as la charge de ta joie ! 
Invente avec ton Dieu l’avenir qu’il te donne
Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau
 
Quelle femme, quel homme seras-tu ? Aujourd’hui l’avenir s’ouvre devant toi, et c’est jour de fête ; dès demain, invente avec ton Dieu l’avenir qu’il te donne, et trouves-y ta joie. Amen.
Père Dominique Degoul, s.j. - Homélie, messe de la remise des diplômes à l'Ecole d'Ingénieurs de Purpan, Toulouse, 24 juin 2016.
------------------------
Invente avec ton Dieu l'avenir qu'il te donne,  Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau (Didier Rimaud)
Commenter cet article