Amis du Jardinier de Dieu

Fête de St Pierre et St Paul - Qui suis-je ?

Publié le 29 Juin 2018 par Père Dominique Degoul in homélie

Question qu’on se pose à plusieurs reprises dans sa vie. Par exemple au moment où, de nouveau, des choix s’ouvrent devant vous. Il y a cinq ans, vous avez fait le choix d’entrer dans cette école, et, pour cela, vous vous êtes demandé : « qui suis-je ? qu’est-ce que j’aime ? qu’est ce que je me vois faire plus tard… »

Cela vous a conduit à choisir de venir dans cette école… Aujourd’hui, c’est la conclusion heureuse de ces étapes… et la question se repose à vous. Maintenant que tu es ingénieur, qui es-tu ? Vers quoi veux-tu engager ta vie ?

Jésus s’est interrogé à haute voix devant ses disciples : « qui suis-je ? ». Il ne faut pas imaginer que Jésus a fait semblant de leur poser la question. Jésus n’est pas homme à faire semblant. S’il leur pose la question, c’est parce qu’il a besoin d’entendre leur réponse.

Il pressent qu’il est le messie – il faut se représenter ce que c’est : celui qu’on attend depuis des siècles ; celui qui doit libérer son peuple de ses oppresseurs ; celui qui doit inaugurer un Royaume nouveau, le Royaume de Dieu. Il pressent cela, mais c’est comme s’il n’osait pas arriver à la conclusion sans que celle-ci soit confirmée par ses meilleurs amis. « pour vous, qui suis-je ? ». La réponse de Pierre le conforte : « tu es le messie ». Elle énonce ce que Jésus n’a pas osé énoncer lui-même, et c’est pour cela que Jésus est dans une telle joie : « heureux es tu, Simon, fils de Yonas : ce ne sont pas la chair et le sang (c’est-à-dire : ta seule humanité) qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ».

Peut-être avez-vous déjà fait cette expérience, et sinon je vous la souhaite : entendre des amis dire du bien de vous, précisément sur un point où vous sentez que c’est important, mais où vous doutez de vous-mêmes ; entendre des amis dire du bien de vous sur ce point, et vous sentir confortés. Et si cela ne vous est pas déjà arrivé, je vous souhaite que cela arrive dans votre vie future !  
 
Pierre dit à Jésus « tu es le messie » ; Jésus répond à Simon Pierre « tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ».  Et toi, qu’est ce que tu entends ? A partir d’aujourd’hui, tu es ingénieur. Soit, et c’est beaucoup. C’est un titre qui certifie ta compétence, et qui te donne le droit d’en user. Mais quelle sera ta mission ? La mission du Messie, c’est de sauver le monde ; la mission de Pierre, c’est de fonder l’Eglise ; donc, ces deux missions là sont déjà prises… mais toi, quelle sera ta mission ? En quoi pourras-tu contribuer à faire en sorte que le monde aille mieux ? Cette question, tu peux te la poser à propos de ce que produira ton travail.

Ce qu’il produira autour de toi : ce que je fais, ça aide qui à faire quoi ? Si je ne le fais pas, qu’est ce qui manquera à qui ?

Ce qu’il produira dans la société : ce que je vais faire, est-ce que cela contribuera à davantage de justice, par exemple dans les équilibres de prix en France et dans le monde, dans les rapports entre capital et travail…

Ce qu’il produira dans la nature : est-ce que ce que je fais aidera à sortir des logiques cyniques dans lesquelles nous ne sommes plus les jardiniers du monde, mais ses prédateurs, au risque que les ressources s’épuisent et que se produisent des catastrophes que nous ne voulons pas voir ?

Et comment, en tout cela, à la place qui sera la tienne, pourras-tu, comme chrétien, en agissant dans le monde économique, sur la société et sur la nature, contribuer à faire advenir le Royaume que Dieu promet ?

Il n’est pas certain que tu aies dès aujourd’hui toutes les réponses à ces questions. Je les pose seulement pour qu’elles fassent leur chemin, dans le temps… Les événements de la vie, les choix à faire, professionnels, familiaux… tout cela t’amènera à te reposer cette question : qui suis-je ?
Et – pardon d’évoquer une perspective lointaine – mais la vérité de ce qu’est ta vie n’apparaitra probablement qu’à la fin. Si tu ouvres le dictionnaire à « Charles de Gaulle », tu trouveras « homme d’Etat français ». C’est vrai, mais il ne l’est devenu qu’à 50 ans : à vingt-deux ans, il était jeune lieutenant d’infanterie… Si tu l’ouvres à « Jésus », tu trouveras quelque chose d’approximatif comme « fondateur de la religion chrétienne »… mais à vingt-deux ans, il était charpentier dans la PME de son père.

Pourtant, je t’invite à orienter les choix que tu feras, à partir de maintenant, en fonction de cette question : « qui suis-je ? à quoi puis-je contribuer dans cette vie ? » ; parce que les décisions que tu prends aujourd’hui, sans qu’on sache comment, préparent l’homme ou la femme que tu seras demain.

Et puisses-tu, au moment tu arriveras à la fin, dire comme saint Paul « j’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course ».

Mais, si tu es chrétien, tu sais qu’il ne s’agit pas seulement d’un questionnement entre toi et toi-même : le Seigneur Dieu est présent, auprès de toi : comme dit le psaume « qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage » ; si le temps se gâte, si tu dois traverser des crises – et qui peut dire qu’il n’en a jamais traversé ? – je te souhaite de pouvoir faire, à ton tour, l’expérience que font les croyants depuis des siècles : « un pauvre crie, le Seigneur entend » ; peut-être t’arrivera-t-il même de dire, comme saint Pierre libéré miraculeusement de sa prison : « le Seigneur a envoyé son ange pour me libérer ».

Car le fond de la foi chrétienne, ce n’est pas que Dieu nous évite les crises : c’est que toutes les crises peuvent être traversées, parce que, au cœur de la crise même, Dieu, d’une manière ou d’une autre, vient se rendre présent pour nous en tirer. Ce chemin a été celui de Jésus lui-même : le messie, le roi, est passé par la mort, et il en est sorti vivant.  

Alors, les choix que tu as à faire, mets les dans la perspective de ta foi : si cela a un sens d’espérer que le Royaume de Dieu est possible, si tu peux t’ancrer, malgré toutes les menaces que nous connaissons trop et dont souvent nous ne voulons plus entendre parler, dans la conviction que le monde n’est pas fait pour aller à la catastrophe finale, si tu peux, malgré toutes tes faiblesses, espérer y participer, c’est parce que le Christ nous donne cette espérance fondamentale, depuis qu’il a vaincu la mort elle-même. Jésus n’a pas évité la crise, il a cru que son Père allait la lui faire traverser.

Alors, sachant cela, peut-être peux-tu répondre, à propos de Jésus maintenant, à la question qu’il pose : pour toi, qui est-il ? Il y a les mots de la foi de l’Eglise, que nous allons redire, et qui peuvent t’aider : Jésus Messie, Seigneur, Fils de Dieu… Mais pose toi aussi la question : quel nom, au plus intime de toi-même, veux-tu lui donner ?

Le verras-tu comme un maître spirituel, celui qui t’enseigne comment vivre ? Comme un ami inconditionnel, exigeant et sûr ? Comme le capitaine de l’équipe à laquelle tu participes ? Comme un guide, qui ouvre le chemin devant toi ? C’est à toi de le dire. Mais, répondre un peu davantage à cette question, c’est une manière de l’inviter dans ta propre vie, et de lui poser à Lui, au moment de faire des choix importants, la question qu’il a posée autrefois : « Seigneur, pour toi, qui suis-je ? ». Sa réponse sera ta vocation. Amen.

Père Dominique Degoul

Merci à l'auteur de cette image

 

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