Amis du Jardinier de Dieu

Homélie pour la remise des diplômes de la promotion 2017. 

Publié le 30 Juin 2017 par Père Dominique Degoul in homélie

Rm 8 ; Jn 6

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Vous voici arrivés ! Pendant cinq années, vous étiez sur des rails ; des rails qui vous ont permis, je l’espère, de faire un beau voyage, entre les cours, les stages, les amitiés, les chouilles et les associations… de belles années, je l’espère, mais voilà, aujourd’hui, le train s’arrête, vous êtes arrivés à destination… et c’est maintenant à vous de choisir ce que vous allez faire de votre vie.
Chacun, chacune, est libre de bâtir sa vie, et c’est à cette liberté que vous avez été préparés pendant cinq ans. Les textes que nous venons d’entendre nous proposent une double attitude pour orienter cette liberté : écoute, et donne.
 
Ecoute.
 
Ecoute ce que te dit le monde : « la création tout entière gémit », dit Paul. L’agriculture est une bonne porte d’entrée pour s’en rendre compte. Peut-on nourrir toute la planète ? Peut-on le faire sans épuiser ses ressources, ou sans l’intoxiquer de manière irrémédiable ? Peut-on le faire dans des rapports sociaux qui soient justes et n’exploitent pas certaines catégories de la population ?
Notre terre gémit, certains hommes gémissent sous le poids de ce qu’ils ont à subir ; mais saint Paul poursuit : « la création passe par les douleurs d’un enfantement ».
Ecoute ces gémissements du monde, mais écoute les dans l’espérance : toutes ces douleurs dont nous parle Paul, ce ne sont pas des douleurs stériles, ou insensées : elles sont, mystérieusement, le signe d’un enfantement : notre humanité traverse plusieurs crises, mais dans ces crises, ce qui se cherche témoigne d’une recherche de davantage de justice, d’une recherche des moyens de rendre le monde habitable pour tous.
 
Ecoute ce que tu éprouves en toi : aujourd’hui, je l’espère, tu éprouves une grande fierté, la joie de voir reconnues par un diplôme les compétences que tu as acquises pendant ces cinq années. C’est heureux, et c’est très légitime. Mais tu sais bien aussi que tout n’est pas parfait dans ta vie ; qu’il y a des points qui peuvent te faire souffrir : des blessures ou des échecs qui ne passent pas, des peurs quant à ce que tu es, ces petites voix meurtrières qui te glissent à l’oreille « à quoi bon »… ou bien « oui, oui, tu es devenu ingénieur, c’est cool, mais quant à être heureux, ça… tu n’y arriveras jamais… ». Parfois, comme dit Paul, en nous-mêmes, nous gémissons.
Mais cette douleur que nous pouvons éprouver face à ce que nous sommes, elle témoigne d’un désir : malgré tout ce qui m’indique le contraire, je désire, profondément, être heureux, aimer et être aimé. Elle témoigne d’une espérance : ce que je désire est possible.  Ecoute ce qu’il y a de bon dans tes désirs cachés, même si cela te parait un rêve utopique.    
 
Ecoute : car, ce qui gémit dans le monde, ce qui gémit en nous-mêmes, est rejoint par le désir de Dieu lui-même : « L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables ». Tu entends ?
La création se plaint des dommages qu’elle subit, et sa plainte rejoint le désir même de Dieu qu’elle soit belle et juste, comme il l’a voulu lorsqu’il l’a projetée et créée.
Nos propres doutes sur nous-mêmes nous amènent parfois à nous plaindre, mais cette plainte, elle aussi, rejoint le désir de Dieu que nous vivions libres et heureux.
Les douleurs sont bien douleurs d’un enfantement, quelque chose va naître que Dieu prépare mystérieusement en travaillant chacun au cœur.
Paul ajoute « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous ».
 
Ecoute, et donne :
A travers les douleurs du monde, à travers tes propres doutes, apparaissent ainsi nos espérances ; et ces espérances sont rejointes par le projet même de Dieu : un homme éternellement debout, digne et heureux, dans une création qui retrouve son harmonie.
Ce projet, veux-tu y prendre ta part ?
 
Jésus, quant à lui, a pris sa part en se donnant, en se donnant totalement : le geste qu’il a fait à son dernier repas de dire « prenez, mangez, ceci est mon corps », « prenez, buvez, ceci est mon sang », ce geste a des significations multiples et complexes. Une de ces significations est la suivante : il a tout donné de sa vie, avec le désir profond que sa vie nourrisse la vie des autres : « moi je suis le pain vivant descendu du ciel, si quelqu’un mange de ce pain il vivra éternellement ».
On dit de quelqu’un qui a une grande bonté qu’il est « bon comme du bon pain ». Jésus a voulu être cela : donner sa vie pour les autres, pour que chacun de ceux qui le rencontre trouve dans cette rencontre nourriture et réconfort. Alors je te pose la question : toi, peut-être que tu ne sais pas bien si tu es chrétien ; mais regarde cette attitude de Jésus, et cherche à la vivre toi aussi : comment peux-tu donner à manger autour de toi ? Comment peux-tu nourrir ceux qui ont faim de pain, de riz ou de maïs ? Comment peux-tu nourrir ceux qui ont soif de justice et d’espérance ?
 
Nous allons célébrer maintenant l’eucharistie : le mémorial de cet homme qui a donné toute sa vie pour que nous vivions éternellement ; que cela nous aide à écouter les dynamiques profondes qui sont à l’œuvre dans le monde, et en nous-mêmes, et à nous donner à notre tour pour que la création, qui est dans les douleurs de l’enfantement, donne naissance au projet de justice et de paix que Dieu veut pour elle.
 
Amen.
Père Dominique Degoul
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