Amis du Jardinier de Dieu

La rencontre avec Jésus

Publié le 13 Juin 2016 par Père Dominique Degoul in homélie

Samuel 12, 7-10.13, Galates 2, 16.19-21 et Luc 7, 36-8, 3.

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Une femme avait entendu dire que Jésus se rendait chez Simon. Elle avait acheté un parfum pour l’honorer : la voilà qui lave les pieds de Jésus, et qui verse le parfum sur ses pieds.

C’est très beau. Le problème, c’est que ça cadre mal avec un dîner mondain où on a invité le prédicateur à la mode.

Simon, lui, croyait avoir reçu chez lui un prophète… mais il est déçu. Jésus se laisse toucher par une femme de mauvaise vie, et il la laisse faire. N’a-t-il pas vu ? C’est pourtant clair. Et puis cette manière de lui caresser les pieds, ça tourne à l’indécence.

Jésus, quant à lui, pourrait se sentir pris entre deux feux. D’un côté, il y a son désir d’accueillir cette femme, dans l’énormité de son geste. De l’autre, il ne veut pas répondre brutalement à Simon.

Il veut accueillir cette femme, parce que, comme dit le philosophe allemand Hegel, elle lui ressemble. Quoi ? Jésus, une femme de mauvaise vie ressemble à Jésus ? Oui, elle lui ressemble, parce que, comme lui, elle est capable d’un geste d’amour démesuré. C’est complètement fou d’entrer dans un dîner mondain pour caresser les pieds du prédicateur ! Ce sera complètement fou de se laisser clouer sur une croix en espérant que, par là, s’accomplit la volonté de Dieu de nous sauver.

C’est quand même très étonnant : si cela arrivait à n’importe quel d’entre nous, si cela m’arrivait à moi, je serais extraordinairement gêné. Jésus, lui, n’est pas gêné, parce qu’il ne voit dans le geste de cette femme que ce qu’il signifie profondément : une capacité d’aimer démesurée qui cherche son lieu. Jésus vit ici ce qu’il a enseigné dans les béatitudes : « heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » : dans ce geste quasiment indécent, il ne voit que le mouvement d’un amour pur, qui cherche le pardon dont il a besoin.

Mais il n’y a que Jésus qui peut voir cela. Simon, lui, est gêné, comme nous le serions tous. Gêné et déçu. Jésus le sent. Mais il n’est pas venu pour faire la morale, ni à Simon, ni à la femme : alors il raconte sa petite histoire de dettes. C’est celui à qui on remet la plus grande dette qui aime le plus. Il y a une démesure dans cette femme, c’est sans doute un peu gênant, mais c’est la démesure de l’espérance d’être pardonnée de ses très nombreux péchés.

Au passage, Simon a dû être rassuré : Jésus a deviné ce qu’il est en train de penser, il est bien un prophète !

Mais voilà que le prophète se met à pardonner les péchés ! Qui est cet homme ? Il est, précisément, celui par qui nous vient le pardon de Dieu.

Comment ? Lorsqu’il nous rencontre. Il rencontre cette femme qui a un désir intense d’être pardonnée, et il lui donne ce pardon. Il rencontre Simon qui se croit juste, et il ne le prend pas de haut, il ne se met pas en colère contre lui : il essaie de lui faire comprendre comment Dieu agit.

Ainsi, nous pouvons comprendre ce que dit Saint Paul « ce n’est pas en pratiquant la loi de Moïse que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ».

C’est une phrase qui a l’air difficile. Mais elle nous dit une seule chose : la loi, c’est juste un texte. Devant le texte de la loi, vous êtes conforme, ou pas. Simon est plutôt du genre conforme, la femme pécheresse certainement pas.

Le texte de la Loi dit juste « là, ça ne va pas ». Et comment on fait pour que ça aille mieux ? On fait un gros effort ? Parfois oui, ça marche… mais parfois non.

En revanche, la rencontre avec Jésus, elle, peut nous aider à changer. C’est ce que cette femme a senti au plus profond d’elle-même, et c’est pour cela qu’elle a tant désiré le voir, l’honorer, le toucher ; c’est, sans l’avoir prévu, ce dont Simon a fait l’expérience.

Alors, pour chacun de nous, nous pouvons demander cela au Seigneur Jésus : qu’il vienne nous rencontrer, que nous le laissions nous rencontrer. N’ayons pas peur de ce qui en nous n’est pas dans les clous de la loi : allons à lui avec la même énergie d’espérance amoureuse que cette femme. Ainsi, nous deviendrons juste. « Ce n’est pas en pratiquant la loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ » : rencontrer Jésus, c’est le laisser venir dans notre vie : ce qui est déjà dans l’amour, il le reconnaitra ; ce que nous savons pécheur, il le pardonnera ; et là où nous ignorons nos fermetures de cœur, avec douceur et patience, il nous les révélera pour que nous puissions le suivre davantage.

Père Dominique Degoul
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