Amis du Jardinier de Dieu

La nativité de saint Jean Baptiste

Publié le 24 Juin 2018 par Père Dominique Degoul in homélie

Un enfant naît, et on se demande « quel sera cet enfant ? ». Mais si nous fêtons sa naissance, c’est parce que la suite de sa vie vaut le coup d’être connue.
Alors, prenons le temps de la méditer, et de nous laisser toucher par elle. Avec peut-être cette question, pour guider notre méditation : Jean le Baptiste a-t-il réussi sa vie ?

Comme Samuel le prophète, comme Isaac le patriarche, Jean le Baptiste nait d’une mère jusque-là stérile.
Elisabeth, sa mère, a été stérile dans la période où elle aurait dû pouvoir enfanter ; et maintenant, elle est vieille, elle ne pourra plus avoir d’enfants, et son surnom c’est « la femme stérile », comme on dirait « le cancre », ou « la menteuse ». Pour une femme qui veut des enfants, ne pas avoir d’enfant est une souffrance ; mais en plus, à l’époque, c’est une humiliation. Elisabeth, vieille, stérile et humiliée, est comme Israël : un pays occupé par des étrangers. Il n’y a plus en Israël ni roi ni prophète depuis plusieurs siècles, et on n’est pas tout à fait sûr que les prêtres soient légitimes. La religion du Dieu d’Israël semble elle aussi en voie d’épuisement.
Jean-Baptiste nait d’une femme stérile ; à un moment où on ne l’attendait plus, il est le dernier prophète de l’Ancien Testament. Le vieil arbre qui semblait mourant va encore donner du fruit, Dieu n’a pas abandonné son peuple.

La prédication de Jean Baptiste est dure : sa bouche est une épée tranchante, une flèche acérée :
« Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »
Prédication énergique, qui doit conduire à un geste : être plongé dans l’eau ( en grec on dit : baptizesthai) pour être purifié de ses péchés.
Et des foules viennent à lui, désireuses de se convertir, de revenir au vrai Dieu, d’obtenir le pardon de leurs péchés, et de préparer ainsi la venue du messie.

Car un prophète n’est pas destiné à s’annoncer soi-même, sinon ce n’est pas un prophète, mais un gourou. Sa prédication ne vient pas n’importe quand : elle vient pour préparer les chemins du Messie qui doit venir.
Ce que Jean n’a pas prévu, c’est la manière d’agir de ce Messie. Jean attend un messie glorieux et triomphal, qui règlerait le sort des occupants et des pécheurs… mais le messie, Jésus, vient se faire baptiser, solidaire du peuple des pécheurs. « C’est moi qui devrais être baptisé par toi, je ne suis même pas digne de défaire la courroie de tes sandales, dit Jean ». Mais c’est Jésus qui avait raison de venir : c’est au moment où il reçoit le baptême de Jean que Jésus peut voir l’Esprit saint descendre comme une colombe, et entendre la voix du Père lui dire : « tu es mon Fils bien aimé ». C’est en suivant la voie proposée par Jean que Jésus a reçu la confirmation la plus forte de la mission qui est la sienne.

Un peu plus tard, Jean désigne Jésus comme l’agneau de Dieu qu’il faut suivre à ses propres disciples, en ajoutant « il faut qu’il croisse et que je diminue ». Jean accepte qu’un autre, plus grand que lui, sera un meilleur maître que lui, et de laisser partir ses disciples. Il n’est que le pré-curseur, celui qui a préparé le chemin du Seigneur.

Mais, peu de temps après que Jésus ait commencé sa prédication publique, Jean est arrêté. Il a dénoncé publiquement le mariage quasi incestueux du roi Hérode, qui a pris la femme de son frère, et cette vérité dérange. Jean est emprisonné, et l’évangile nous dit qu’à ce moment-là il a douté. Il fait demander à Jésus « es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre » : Jean avait annoncé que la hache était déjà à la base de l’arbre, que le messie viendrait remettre de l’ordre en étant plus fort que tous les méchants… Et Jésus ne fait pas ça. Il n’organise pas d’expédition pour libérer Jean par la force. Mais il répond aux envoyés de Jean : « allez dire ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». Ce que dit Jésus à ce moment, en citant Isaïe, c’est que c’est bien l’Ecriture qui s’accomplit à travers lui, mais pas celle à laquelle Jean pensait. Le messie ne se manifeste pas en prenant le pouvoir, mais en remettant debout l’homme abimé.

Nous pouvons imaginer Jean, dans sa prison, pris entre le sentiment que sa mission est un échec – il est prison – le doute sur le sens de cette mission – Jésus est-il bien celui qu’il fallait annoncer ? – et l’espérance qu’il a mise indéfectiblement en Dieu : il ne renoncera pas, pour être libéré, à dire ce qu’il a à dire. Et on l’imagine bien méditer cette parole du prophète Isaïe que nous avons entendue :
« C’est en vain que je me suis fatigué ; mon droit subsistait auprès du Seigneur. Maintenant, le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. »

Et vous vous souvenez que Jean meurt, décapité dans sa cellule, à la suite d’une promesse stupide du roi Hérode : séduit par la beauté de sa belle fille, il lui promet de lui donner ce qu’elle veut, et celle-ci, pour plaire à sa mère, l’épouse irrégulière d’Hérode, demande la tête de Jean sur un plat.
Une mission qui n’a pas porté les fruits qu’on espérait, une mort absurde… Vie réussie, ou échec sanglant ?

Il faut entendre ce que Jésus dit de Jean :
Pour Jésus, Jean est « le plus grand des enfants des hommes ». Jésus voue à Jean une admiration profonde. C’est vers Jean qu’il est allé, au début de sa vie publique, pour être baptisé et recevoir la confirmation de son être profond de Fils de Dieu.
Au moment de la mort de Jean, Jésus part au désert, pour prier. Et il lui apparait que Jean, c’est Elie, ce très grand prophète de l’ancien Testament dont on attendait le retour, avant que vienne le Messie.
A un moment, Jésus dira à propos de Jean :
« Elie est déjà venu, et ils lui ont fait ce qu’ils ont voulu. »
La mort de Jean, d’une certaine manière, préfigure ce qui arrivera à Jésus lui-même ; d’ailleurs, Jésus, lui aussi, appellera « engeance de vipère » ceux qui ne veulent pas l’écouter.

Mais Jésus dira de Jean que s’il est le plus grand des enfants des hommes, le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui. Comme Moïse qui est mort à l’entrée de la terre promise, Jean meurt sans connaître la Bonne Nouvelle de la résurrection, celle qui ouvre les portes du Royaume.
Saint Paul dit : « si Jésus n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ». C’est vrai particulièrement de Jean. Si Jésus n’est pas ressuscité, la vie de Jean n’est que l’échec lamentable d’un homme mort noblement pour une cause ; mais si Jésus est vraiment ressuscité, la vie de Jean le Baptiste, et même sa mort, disent qu’un engagement de toute sa vie pour la vérité n’est pas insensé ; et que, même s’il mène à l’échec et à la mort, la vie est plus grande.
Jean, le dernier prophète d’Israël, a rendu témoignage au messie d’Israël ; et c’est sa grandeur ; il n’a pas pu concevoir que ce messie ne serait pas seulement un roi puissant, mais le sauveur du monde qui vaincrait la mort elle-même ; mais cette victoire de Jésus sur la mort fait de la fidélité même de Jean Baptiste à sa mission une victoire.

Lorsque ce que tu vis te parait un échec absurde, lorsque tu ne comprends plus rien à ce qui t’arrive, lorsque tu te demandes si le Christ lui-même peut encore te comprendre et t’aider, pense à Jean le Baptiste ; et demande-lui de te faire faire le chemin qu’il a fait lui-même, maintenant que lui, le plus grand des enfants des hommes, est entré dans la gloire du Royaume que Jésus a inaugurée par sa résurrection.

Le petit Jean Baptiste, dans le ventre de sa mère, a tressailli d’allégresse en sentant s’approcher son sauveur : ce jour-là il ne s’est pas trompé. Amen.

Père Dominique Degoul

L'annonce à Zacharie de la naissance de Jean le baptiste

 

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