Amis du Jardinier de Dieu

Tu désires devenir un saint ?

Publié le 6 Novembre 2017 par Père Dominique Degoul in homélie

Le premier discours de Jésus est rythmée par ce mot : « heureux ».
Jésus vient témoigner d’une joie plus forte que tout, une joie qu’il nous annonce comme un constat, ou comme une promesse.
Mais ses formules sont paradoxales et difficiles à comprendre. Nous les entendons tous les ans à la Toussaint, mais elles devraient continuer à nous secouer. « Heureux ceux qui pleurent ». C’est faux, évidemment. Si on pleure, c’est qu’on est malheureux, tous les enfants savent cela.
Alors s’agit-il d’une injonction ? « tu es chrétien, tu dois être heureux »… mais cette injonction pourrait sonner comme une forme de dictature. « tu n’as pas le droit d’être malheureux »… nous savons bien que ce serait inhumain. Je repense à cette scène de « 12 years a slave », où une esclave noire d’Amérique pleure à haute voix les enfants qu’on lui a arrachés, une femme dont les cris importunent les co-esclaves, et qui dit « je n’ai plus que cela ». Comment lui dire « tu es heureuse » ou bien « sois heureuse » ?
Ou bien alors s’agit-il d’une manière de gommer le réel, une manière de dire que tout va toujours bien, pour ne pas trop sentir que en fait ça va mal ?
Non. Les béatitudes ne nous invitent pas à forcer une joie qui n’est pas là ; elles ne nous invitent pas à déclarer heureux ce qui est malheureux.
Elles nous invitent à chercher une joie réelle, mais enfouie ; elles nous indiquent le chemin d’une révélation, qui nous rejoint lentement.
Remarquons d’ailleurs que les béatitudes nous orientent dans deux directions, qui pourraient constituer deux facettes, ou deux étapes de la sainteté.
1ère étape : une sainteté qui consiste à accueillir l’œuvre de consolation et de justice que Dieu veut accomplir dans ma vie.
Certaines béatitudes qui nous révèlent la présence de Dieu dans le malheur. Au fond, elles nous apprennent ce qu’est la condition humaine, quand on la met sous le regard de la foi et de l’espérance chrétienne.
« Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ». Je ne dirais pas cette phrase de feu à quelqu’un qui est au fond du malheur, mais elles va guider mon espérance pour lui.
Car le malheur peut nous conduire à la tentation : tentation de croire que Dieu nous a abandonnés, tentation de recourir à la violence pour rétablir une injustice ; mais, si la tentation nous conduit au péché, le pardon de Dieu est là.
Un pardon qui ne s’impose pas comme pardon, qui ne nous met pas dans l’infériorité (un Dieu qui nous dirait : tu as vu, moi, Dieu, je suis bien généreux de te pardonner), mais un pardon où Dieu nous dit « quoi que tu aies subi, quoi que tu aies fait, je suis toujours là, à tes côtés, avec toi, pour que tu vives, maintenant ».
La seule vraie consolation est là. Dieu est avec nous. Au début de l’Evangile de Mathieu, il est nommé « Emmanuel », Dieu avec nous ; à la fin, après sa résurrection, il redit « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Tu n’es pas seul. La vraie joie chrétienne est là : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure ».
Ce que nous ressentons parfois comme des prémices de la mort, notre malheur, même notre péché, peut être une prémisse de la joie.
Ces premières béatitudes, pourrions-nous dire, sont les béatitudes de l’espérance. Elles nous invitent à espérer que les crises que nous traversons ne sont pas des effondrements, mais des moments où, mystérieusement, sans que nous sachions comment, nous sommes en croissance vers notre vocation à l’éternité.
Car, comme dit St Jean « quiconque met une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur ».
La sainteté ne consiste pas à se rendre pur d’abord pour aller vers Dieu ensuite. Elle consiste, au cœur de sa vie, même de ses angoisses, à mettre son espérance en Dieu, pour le laisser travailler en nous.
Il y a alors une 2ème étape possible : une sainteté qui consiste à agir avec le Christ, à la manière du Christ
Car, à côté des béatitudes qui nous révèlent un Dieu qui nous rejoint dans notre malheur, il y a celles qui nous révèlent comment notre agir bon nous rend semblables à Dieu.
Celui qui a fait l’expérience que Dieu est toujours avec lui, celui-là est libre pour prendre une décision de fond : « je désire avoir un cœur pur ». Cela ne signifie pas qu’il être débarrassé de toute agitation psychologique, de tout fantasme dérangeant… cela fait partie de notre nature humaine. « J’aurai le cœur pur » signifie : « je n’aurai pas le cœur mélangé ». Je désire qu’il y ait un seul axe dans ma vie, et que cet axe soit donné par Dieu. Je désire, au plus profond de moi, que toute ma vie s’oriente, peu à peu, vers l’amour de Dieu et l’amour de mon prochain. Je le désire parce que j’ai éprouvé que Dieu m’aime, qu’il me sauve de tout malheur, de tout péché, de toute mort.
Alors, si Dieu m’a amené jusqu’à ce point-là, je peux sentir ce que veut dire « heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Dieu m’a donné de voir, dans ma vie, comment il agit là même où je le croyais absent ; Dieu me donne de voir, autour de moi, dans le monde, dans les autres, chrétiens ou non, comment il est déjà mystérieusement en travail.
Et si Dieu me donne de le voir à l’œuvre, il peut aussi me donner d’agir comme lui : heureux les miséricordieux, heureux les artisans de paix. Qui est la source de toute miséricorde, de toute paix, sinon le Christ lui-même ? La sainteté va jusque-là : Dieu nous donne de lui devenir semblables. Misericordes sicut pater, avons-nous chanté pour le jubilé de la miséricorde : miséricordieux comme le Père.
Tu désires êtres un saint ? C’est beau, mais c’est inaccessible.
Tu peux vraiment devenir un saint, mais si tu le deviens vraiment tu ne le sauras jamais, parce que tu auras trop conscience de tes limites.
Si tu deviens un jour un saint, c’est l’Eglise qui le dira, après que tu seras passé dans l’éternité. Claire de Castelbajac, qu’on pourrait imaginer assise ici entre X et Y, serait sans doute bien surprise que son procès de béatification soit en cours.
Tu désires devenir un saint ? Tourne ton regard non pas vers toi-même, mais vers Dieu : il te sauve de tout malheur et de tout péché, il te transforme pour te rendre semblable à lui, et il t’appelle à redonner à d’autres la miséricorde et la paix qu’il te donne. Rends simplement grâce à Dieu de ce qu’il t’a appelé son enfant, et son héritier.

Père Dominique Degoul

 

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