Amis du Jardinier de Dieu

Homélie pour la Transfiguration du Seigneur.

Publié le 6 Août 2020 par Dominique Degoul, compagnon jésuite in homélie

C’est difficile de prêcher pour la Transfiguration. Quand l’Evangile du jour cite un discours de Jésus, on peut développer ce que ce discours veut dire pour nous, lui donner toute son actualité ; quand il raconte une guérison ou une controverse, on peut là aussi en tirer des leçons, à partir de la manière d’agir de Jésus.
Mais aujourd’hui, on ne peut rien dire de tel.

Parce que l’Evangile nous rend témoin d’un fait qui ne concerne directement que Jésus. Je ne vais pas vous dire « mettez vous à briller comme des soleils »…

Jésus devient brillant comme la lumière, et ce qui nous est révélé, pour un bref instant, c’est sa gloire. Ce qui est habituellement invisible devient visible.
Mais cette lumière n’est pas là pour nous aveugler : elle est là pour nous révéler, davantage, qui est ce Jésus.
Ce que je vous propose, donc, c’est d’essayer de décrypter ce que l’Evangile nous donne à voir.

Il y a d’abord Moïse et Elie.
Il y a un point commun entre Moïse et Elie : l’un et l’autre ont connu de près la gloire du Seigneur : Moïse, lorsqu’il redescendait du mont Sinaï, avait le visage resplendissant, parce qu’il avait parlé avec le Seigneur ; Elie, au moment de mourir, fut enlevé dans un char de feu, et, à l’époque de Jésus on attend son retour. Moïse et Elie ont connu la gloire de Dieu, et en cela, ils ont préfiguré Jésus.

Et puis, Moïse et Elie, c’est la loi et les prophètes, c’est-à-dire toute l’Ecriture.
A l’époque de Jésus, on pensait que toute la Torah, les 5 premiers livres de la Bible, avait été écrite par Moïse ; quant à Elie, il est le plus ancien et le plus glorieux des prophètes.
Dans la vision qu’il donne à ses apôtres, Jésus converse avec Moïse et Elie ; ici, on ne dit rien de leur conversation. Mais le tableau suggère une forme d’approbation, d’accomplissement : Jésus vient accomplir ce que Moïse et Elie ont espéré.

La nuée, c’est la manière dont Dieu se rend visible : dans l’Exode, l’arche d’alliance, qui transportait les tables de la Loi, était suivie par une nuée. On suivait la nuée, jour après jour.

Et puis, vient la voix du Père. La même qu’au baptême de Jésus « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie ». Mais Dieu ajoute, en plus : « écoutez-le », ce qu’il n’avait pas dit au baptême. Entre le baptême, au début de sa vie publique, et la transfiguration, Jésus a pris avec lui des disciples : Pierre, un chapitre plus tôt, a dit à Jésus « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».
Dieu lui-même vient confirmer ce que Pierre a proclamé, mais aussi ce que Jésus lui a répondu « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ».

« Ecoutez-le » : le Père lui-même vient proclamer ce que Pierre a pressenti : Jésus est la voix même du Père, il est la Parole de Dieu, il est celui qui nous fait comprendre toute l’Ecriture, Moïse et Elie.

Quand la vision se termine, et qu’on ne voit plus que Jésus seul, celui-ci demande qu’on ne parle de la vision à personne jusqu’à ce qu’il soit ressuscité d’entre les morts.
Cette parole permet de revoir toute la scène sous un autre jour : la transfiguration est, pour Jésus, comme l’expérience anticipée du point d’arrivée : la lumière dans laquelle son humanité vivra éternellement lui est révélée d’avance : comme un encouragement, avant de passer par la croix.
Car juste avant et juste après l’épisode d’aujourd’hui, Jésus a annoncé sa passion et sa résurrection. Le Père donne au Fils l’expérience de la gloire divine éternelle, pour que celui-ci ait le courage, sans défaillir, de traverser sa passion.
Il ne faut pas parler trop tôt de cette expérience de la transfiguration, car elle ne donnera son vrai sens qu’après la croix ; d’ailleurs, cette expérience a eu très peu de témoins : elle n’était pas faite pour en mettre plein la vue aux foules, mais pour encourager Jésus, et ses disciples.

« Ecoutez-le », dit le Père.
Alors, que pouvons-nous entendre de cette scène ?

D’abord : la Lumière de Dieu se manifeste particulièrement dans les ténèbres. La gloire et la croix ne sont pas opposées, elles sont voisines. Bien sûr, cela peut apparaître comme un paradoxe, puisque la croix est le lieu de l’humiliation suprême, qui est l’opposé absolu de la gloire… dans notre imagination. Parce que, pour Dieu, la manifestation suprême de sa gloire se fera sur la croix, lorsqu’il nous sera révélé jusqu’où va son amour.

Ensuite : Le texte d’aujourd’hui ne nous oriente pas d’abord vers le message de Jésus, mais vers sa personne.
Alors, essaie de te rapprocher de lui avec tes sens intérieurs : écoute le parler en paraboles, regarde le guérir les malades, laisse toi toucher par lui. Attache-toi à lui comme on s’attache à un maître et à un ami .
Ce maître fait traverser toute croix pour tout emmener vers la gloire ; pour que se réalise aujourd’hui cette parole du psaume « la ténèbre n’est point ténèbre devant toi, la nuit comme le jour devient lumière ».

Dominique Degoul, compagnon jésuite
homélie à la paroisse des étudiants de Toulouse, image https://www.absolutearts.com/portfolio3/t/trajano/Transfiguration-1498233372.jpg

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